Le teckel arlequin bleu n’existe pas en tant que variété reconnue par la FCI. Ce que le marché appelle « arlequin bleu » résulte de la superposition de deux mécanismes génétiques distincts, le gène Merle (M) et le gène de dilution (d/d), sur une base noire et feu. Nous observons une confusion persistante entre ces deux phénomènes, entretenue par des annonces d’éleveurs non affiliés au LOF qui mélangent volontairement les termes pour gonfler la valeur perçue d’un chiot.
Gène Merle et dilution bleue chez le teckel : deux mécanismes à ne pas confondre
Le motif arlequin (merle) chez le teckel est produit par l’allèle M du locus PMEL17. Il fragmente la distribution de l’eumélanine dans le poil, créant des taches irrégulières foncées sur un fond plus clair. La FCI reconnaît ce motif dans le standard du teckel, à condition que le sujet soit hétérozygote (M/m) et issu de lignées testées.
La couleur « bleue », en revanche, provient du locus D (dilution), génotype d/d. Ce gène réduit la taille et la répartition des granules de mélanine dans la tige du poil, transformant le noir en gris-bleu ardoise. Il ne produit aucun motif tacheté : il dilue uniformément la couleur de base.
Un teckel qualifié d' »arlequin bleu » cumule donc Merle hétérozygote et dilution homozygote. Ce croisement de deux gènes affectant la pigmentation multiplie les risques sanitaires sans apporter de bénéfice fonctionnel ni conformité au standard.

Alopécie des couleurs diluées (CDA) : une pathologie chronique sous-estimée
L’alopécie des couleurs diluées touche spécifiquement les chiens porteurs du génotype d/d. Les fiches vétérinaires de référence listent explicitement le teckel parmi les races où la CDA est suspectée ou reconnue. Le schéma clinique est constant : poil normal à la naissance, puis chute progressive sur le dos entre six mois et deux ans, avec dermatites secondaires fréquentes.
Il n’existe aucun traitement curatif. La gestion repose sur des soins palliatifs à long terme :
- Shampoings dermatologiques adaptés pour limiter les surinfections bactériennes et les squames
- Protection solaire sur les zones dépigmentées, particulièrement en période estivale
- Complémentation en acides gras essentiels (oméga-3, oméga-6) pour soutenir la barrière cutanée résiduelle
La maladie est désormais considérée comme chronique et invalidante, pas seulement cosmétique. Un teckel atteint nécessite un suivi dermatologique régulier tout au long de sa vie, avec un coût vétérinaire cumulé significatif.
Jurisprudence allemande de 2026 sur la dilution et élevage de teckels bleus
Un arrêt du Haut tribunal administratif de Basse-Saxe (OVG), daté du 16 juin 2026, a confirmé le retrait d’une licence d’élevage commercial pour production de chiens porteurs du génotype d/d avec développement de CDA. Le jugement s’appuie sur le §11b de la loi allemande sur la protection animale. Reproduire des chiens à robe diluée présentant un risque élevé de CDA relève désormais de la « Zuchtverbot » (interdiction de reproduction pour raisons de bien-être).
Cette décision crée une jurisprudence directement applicable aux teckels bleus produits en Allemagne. Pour le marché francophone, les conséquences restent indirectes, mais la tendance réglementaire est claire. Un éleveur français qui importe ou reproduit des lignées d/d s’expose à un risque croissant de voir ces pratiques encadrées dans les prochaines années.
Conséquences pour les acheteurs français
Les teckels « bleus » ou « arlequin bleus » vendus en France proviennent majoritairement de circuits sans affiliation LOF. L’absence de test génétique documenté sur le locus D et le locus M rend impossible toute évaluation du risque sanitaire avant l’achat. Nous recommandons de demander systématiquement les résultats de tests ADN parentaux pour les deux loci.

Double merle chez le teckel arlequin : le risque le plus grave
Le croisement de deux teckels arlequin (M/m x M/m) produit statistiquement une proportion de chiots double merle (M/M). Ces sujets présentent des atteintes oculaires et auditives sévères, souvent irréversibles : microphtalmie, anophtalmie partielle, surdité unilatérale ou bilatérale. Sur un teckel déjà porteur de la dilution d/d, le cumul génétique aggrave encore le tableau clinique.
Un éleveur qui propose des « arlequin bleus » sans mentionner le statut Merle des deux parents prend un risque considérable. Voici les vérifications à exiger avant toute réservation :
- Test génétique Merle (PMEL17) des deux parents, avec distinction entre M/m et M/M
- Test de dilution (locus D) certifiant le génotype de chaque reproducteur
- Examen ophtalmologique du chiot avant cession, réalisé par un vétérinaire spécialiste
- Inscription LOF des parents, garantissant un suivi généalogique traçable
Robe merle reconnue chez le teckel : ce que le standard autorise
Le standard FCI du teckel accepte le motif merle sur base noire et feu ou marron et feu, à condition que le sujet soit hétérozygote M/m. Les taches doivent être irrégulières et bien réparties. La couleur de fond reste celle de la base pigmentaire non diluée.
La dilution bleue (d/d) n’entre pas dans ce cadre. Un teckel merle sur base diluée n’est pas un teckel arlequin au sens du standard. Le terme « arlequin bleu » est une appellation commerciale, pas une dénomination cynologique. Cette distinction a des conséquences directes : un tel chien ne peut pas être confirmé, ne peut pas reproduire en circuit LOF et ne bénéficie d’aucune garantie de sélection sanitaire liée au club de race.
Le marché des couleurs rares chez le teckel repose sur un malentendu entretenu entre génétique et marketing. Un teckel arlequin correctement produit, hétérozygote Merle sur base non diluée, issu de parents testés et inscrits LOF, offre déjà une robe spectaculaire sans les risques associés à la dilution. Chercher plus rare, c’est accepter de payer plus cher pour un chien dont la santé cutanée et sensorielle est compromise dès la naissance.

